Skip to main content

La nature et sa protection au prisme de l’Abreißkalender ouBatty Weber en « Ökobatty »: La nature et sa protection au prisme de l’Abreißkalender ou Batty Weber en « Ökobatty »

La nature et sa protection au prisme de l’Abreißkalender ouBatty Weber en « Ökobatty »
La nature et sa protection au prisme de l’Abreißkalender ou Batty Weber en « Ökobatty »
  • Show the following:

    Annotations
    Resources
  • Adjust appearance:

    Font
    Font style
    Color Scheme
    Light
    Dark
    Annotation contrast
    Low
    High
    Margins
  • Search within:
    • My Notes + Comments
    • Notifications
    • Privacy
  • Project HomeDem Batty Weber säin Abreißkalender (1913-1940)
  • Projects
  • Learn more about Manifold

Notes

table of contents
  1. Image de couverture
  2. Page de titre
  3. Mentions légales
  4. Logos
  5. La nature et sa protection au prisme de l’Abreißkalender ou Batty Weber en « Ökobatty »
    1. Une vision romantique et anthropocentrée de la nature : Batty Weber et les arbres remarquables
    2. La protection des oiseaux au miroir de l’Abreißkalender
    3. Des préoccupations proto-écologiques
    4. Conclusions
    5. Bibliographie

La nature et sa protection au prisme de l’Abreißkalender ou Batty Weber en « Ökobatty »

Myriam Sunnen

Le néologisme « Ökobatty » ne pouvait faire défaut dans cette version française d’une communication présentée en langue luxembourgeoise par Sébastian Thiltges et moi-même,1 bien qu’il s’avère sans doute impropre à circonscrire notre sujet. En dépit de l’homophonie Batty-Batti, la silhouette élégante de Batty Weber n’a rien d’un « Batti »2 [Fig. 1] et la retenue que, post mortem, on a reprochée au chroniqueur (Hoenen-Gaasch 1977, 197) est difficilement compatible avec l’expression familière « sech de Batti stellen »,3 que ses contemporains n’auraient pas osé associer à cette figure de proue des lettres luxembourgeoises (voir Gilbertz 2017, 28s.). Tout au plus pourrait-on lire « Ökobatty » à la manière de « Tutebatti », terme désignant à l’origine un « frimeur » mais qui, de nos jours, semble aussi être revendiqué au sens propre et sans connotation négative par ceux qui s’adonnent avec passion à l’activité décrite par le verbe « tuten » : les musiciens jouant d’un instrument à vent.4

Fig. 1: Batty Weber. Photo : Charles Brandebourg, fils. Fonds Batty Weber du CNL, L-48 ; III.3.2.1-1.
Fig. 1: Batty Weber. Photo : Charles Brandebourg, fils. Fonds Batty Weber du CNL, L-48 ; III.3.2.1-1.

Appliqué à Batty Weber, le terme « Ökobatty » n’en est pas moins anachronique, et il reste à démontrer dans quelle mesure l’auteur de l’Abreißkalender peut vraiment être qualifié d’« écolo », d’autant que lui-même n’aurait ni employé ni entendu le préfixe « öko » au sens qu’on lui attribue aujourd’hui. Le substantif « Ökologie » a été créé en 1866 par le biologiste allemand Ernst Haeckel pour désigner la « science des relations de l’organisme avec le monde extérieur environnant. » (Haeckel 1870, 645 ; cité dans la traduction de Zemanek 2019, 345) Réservé d’abord aux biologistes, son équivalent français « écologie » est entré dans le Dictionnaire encyclopédique Quillet en 1938 (Jeannerod 2022, note 26) et dans le Nouveau Petit Larousse illustré en 1956, toujours au sens que le terme a dans le vocabulaire spécialisé des scientifiques (Drouin 1991, 21). C’est seulement à partir de la deuxième moitié du vingtième siècle que « Ökologie » et « écologie » commencent à désigner la lutte contre les destructions infligées à la nature, un sens qui se généralise dans les années 1970-1980, au moment où la menace pesant sur les écosystèmes est comprise dans sa dimension planétaire, où naît l’écologie politique et où, en français, le mot « écologisme » permet désormais de distinguer l’activité des scientifiques de celle des défenseurs de l’environnement, appelés écologistes (Drouin 1991, 22 ; Solte-Gresser et Thiltges 2022, 47 ; Jeannerod 2022, 257). Si la diffusion de ces termes au Luxembourg reste à retracer, une recherche succincte sur la plateforme eLuxemburgensia suggère que leurs premières occurrences au sens scientifique datent de l’extrême fin du dix-neuvième siècle. Apparaissant d’abord de manière exclusive dans des publicités pour des études scientifiques parues à l’étranger, ils sont employés par les naturalistes luxembourgeois à partir de la deuxième décennie du vingtième siècle.5 Le sens actuel est attesté dans la presse dès la fin des années 1950.6

Au vu de ce qui précède, il n’est guère étonnant que les mots « Ökologie » et « ökologisch » fassent défaut dans l’Abreißkalender de Batty Weber (1913-1940), aussi bien au sens originel qu’actuel. Si c’est également en vain que l’on y cherche « Umwelt » (« environnement ») et « Umweltschutz » (« protection de l’environnement ») au sens que le discours écologiste attribue à ces termes, on y trouve en revanche « Tierschutz », « Vogelschutz » et même « Naturschutz ». Apparaissant dans une chronique qui s’adresse à un public très large, ces termes viennent nous rappeler l’existence, au cours de cette période, d’idées et de mouvements que l’on peut qualifier de pré- ou de proto-écologiques et qui, d’après Joachim Radkau, doivent être pris en considération par quiconque s’intéresse à l’histoire de l’écologie au sens actuel du terme. Ni « Umweltschutz », que Radkau qualifie de « mot caméléon » (« Chamäleon », Radkau 2011, 14) ni les termes « Ökologie/ökologisch » ne permettent en effet à eux seuls de s’orienter dans la « jungle » des mouvements écologiques et d’en retracer les origines lointaines.7 L’admiration des romantiques pour la nature pourrait ainsi avoir joué un rôle non négligeable dans la conscience écologique telle qu’elle s’est progressivement développée en Occident (ibid., 38s.), du moins si l’on accepte que la « nature » dont parlaient les romantiques coïncide ne serait-ce que partiellement avec ce que nous entendons aujourd’hui par ce terme, dont le sens varie lui aussi considérablement d’un auteur et d’une époque à l’autre, sans que, pour autant, il s’agisse d’une pure construction culturelle (ibid., 17). De même, les historiens s’accordent sur le fait que la patrimonialisation de certains espaces naturels au cours du dix-neuvième siècle relève d’une sensibilité proto-écologique et que le mouvement pour la protection de la nature tel qu’il a émergé en Allemagne au tournant du dix-neuvième et du vingtième siècle, entre autres sous l’influence de la Lebensreformbewegung et du Heimatschutz (Choné 2019, 325), doit être étudié dans le cadre d’une histoire de l’écologie, même si les arguments des premiers Naturschützer diffèrent considérablement de ceux avancés par les acteurs de l’écologie politique.

Dans la mesure où il reflète l’opinion publique luxembourgeoise tout en ayant contribué à la former,8 à une époque mouvementée qui a vu entrer en vigueur les premières mesures régulatrices dans le domaine de la protection de l’environnement, l’Abreißkalender de Batty Weber constitue un objet d’études privilégié pour qui s’intéresse à l’histoire de l’écologie au Luxembourg ainsi qu’aux soubassements épistémologiques, idéologiques et esthétiques de la représentation de la nature. D’un point de vue théorique, la lecture que nous en proposerons s’inscrit dans le cadre de l’écocritique que Sébastian Thiltges a le mérite d’avoir introduite au Luxembourg (voir notamment Thiltges et Solte-Gresser 2020; Thiltges 2016 ; 2022) et que nous entendons au sens très général d’« étude du rapport entre la littérature et l’environnement naturel » (Glotfelty et Fromm 1996, XVIII, cité d’après et dans la traduction de Blanc et al., 2008, 18). En dépit des différences entre l’ecocriticism américain, l’Ökokritik allemande et les différentes branches de l’écocritique française,9 les études s’inscrivant dans ce cadre théorique sont généralement écocentrées plutôt qu’anthropocentrées et visent une déconstruction du dualisme nature/culture, dont l’établissement progressif a souvent été considéré comme le point de départ du mouvement de destruction de la nature (Thiltges 2018, 26, qui renvoie notamment à Latour 2005 et Zemanek 2013, 293). À travers l’analyse ciblée des développements que Batty Weber a consacrés à certains types d’atteintes à la nature et aux mesures visant à les endiguer, il s’agira d’abord de compléter les travaux portant sur la représentation de la nature et des paysages dans son œuvre. Considérées à la lumière du cadre théorique que nous nous sommes fixé, ces recherches existantes nous conduisent toutefois à un premier constat : le dualisme culture/nature que l’écocritique se propose de déconstruire n’existe guère dans les textes de Batty Weber. D’une part le journaliste et écrivain investit souvent les espaces naturels d’un symbolisme identitaire qui fait de la nature une partie intégrante de la culture  (cf. Lieb 2017 ; voir aussi Werdel 2023/24, en particulier 46-59), d’autre part, marqué par le déterminisme et le socio-darwinisme, il considère la culture comme un produit issu du milieu naturel dans lequel elle a éclos.10 L’écocritique n’en constitue pas moins un cadre intéressant pour lire les développements que Batty Weber a consacrés à la nature, à condition que les passages en question ne soient pas décontextualisés. La lecture inspirée du New Materialism que Sébastian Thiltges a proposée de certains paragraphes du roman déterministe Fenn Kaß de Batty Weber les émancipe ainsi du moins partiellement de leur carcan épistémologique tout en les faisant entrer en résonance avec une autre manière de considérer le rapport entre l’homme et la nature (Thiltges 2019 ; 2020, en particulier 229s.). Dans le même esprit, nous situerons le discours sur la nature tel qu’il transparaît dans l’Abreißkalender dans le contexte idéologique et esthétique qui l’a vu naître, tout en restant attentifs à ce qui le dépasse. Contribuant à l’histoire de la conscience écologique et de la représentation de la nature au Luxembourg, cette approche permettra aussi de mettre en évidence certaines particularités stylistiques et génériques de la chronique de Batty Weber. Trois types de développements retiendront tout particulièrement notre attention : les innombrables évocations d’arbres abattus par les pouvoirs publics ; les chroniques inspirées par la première loi sur la protection des oiseaux ; enfin la présence de réflexions sur des thèmes gardant toute leur actualité dans le discours écologiste contemporain.

Une vision romantique et anthropocentrée de la nature : Batty Weber et les arbres remarquables

« Wahrscheinlich ist uns aus der holzreichen Zeit, da wir noch das Wälderdepartement hießen, diese Pietätlosigkeit gegen Bäume im Allgemeinen überkommen » (AK11 20 février 1915). C’est par ces mots que, le 20 février 1915, Batty Weber commente l’abattage de certains arbres remarquables par leur taille et leur âge, un sujet abordé par beaucoup de ses contemporains au cours de la même période. Si c’est au contraire pour mettre en évidence l’attachement supposé des Luxembourgeois à la nature que d’autres intellectuels de son temps se réfèrent à l’ancienne dénomination de l’actuel Grand-Duché (« Département des Forêts »), Batty Weber suggère de son côté que la surabondance des surfaces boisées aurait privé les Grand-Ducaux du respect que les arbres devraient leur inspirer. Peut-être le syntagme « holzreiche Zeit » constitue-t-il même une allusion discrète au fait que, pendant longtemps, les forêts étaient avant tout protégées en tant que réserves à bois. Ainsi l’ordonnance sur les Eaux et Forêts de Colbert (1669), souvent présentée comme une des premières mesures régulatrices concernant les forêts, était-elle fondée sur la nécessité économique et militaire d’exploiter le bois en tant que matière première.12 Or, la perception de la forêt s’est métamorphosée dès l’extrême fin du dix-huitième siècle, entre autres sous l’effet des progrès de la science et d’une vision pessimiste de l’histoire associant le déboisement à la décadence (Chalvet 2021a,157-172). La forêt devient alors progressivement un lieu de ressourcement pour des citadins et c’est dans ce contexte que, dès le dix-neuvième siècle et surtout au début du vingtième, des bois, des parties de forêts et des arbres isolés sont protégés ou classés (ibid., 273-310). Ces mesures sont par ailleurs favorisées par le développement du tourisme et par un intérêt croissant pour le patrimoine artistique et sa protection. Admirés en tant qu’espaces sauvages ou en tant que sites façonnés par l’homme, certains territoires boisés sont même élevés au rang de « figures paysagères de la nation » (Walter 2004) et investis de symboles identitaires (voir aussi Chalvet 2021a, 288-290 et Chalvet 2021 b).

Fig. 2: Un livre de la bibliothèque de Batty Weber, comportant un envoi autographe : Paul Modert, Code rural et forestier. Die Feld- und Waldgesetze im Grossherzogtum Luxemburg, Luxembourg, Imprimerie Saint-Paul, 1932. Fonds Batty Weber du CNL, L-48; IV.1.2.
Fig. 2: Un livre de la bibliothèque de Batty Weber, comportant un envoi autographe : Paul Modert, Code rural et forestier. Die Feld- und Waldgesetze im Grossherzogtum Luxemburg, Luxembourg, Imprimerie Saint-Paul, 1932. Fonds Batty Weber du CNL, L-48; IV.1.2.

Datée du 12 août 1927 et concernant à la fois les monuments historiques, les paysages et les monuments naturels (« Naturdenkmäler »), la première loi luxembourgeoise sur la protection des sites et des monuments nationaux témoigne elle aussi de ce que Martine Chalvet appelle une « nouvelle manière d’envisager la nature » (Chalvet 2021b, 231) : les arguments avancés lors de la présentation du texte à la Chambre des députés étaient d’ordre économique (l’intérêt touristique des paysages), moral, hygiénique, pédagogique, scientifique et identitaire.13 Inspiré de modèles étrangers, le projet de loi avait bénéficié de l’appui direct ou indirect d’associations telles que Landwûol, qui regroupait essentiellement des intellectuels conservateurs (Sunnen 2023), et le Touring-Club. Quant à la Société des naturalistes luxembourgeois, elle avait appelé dès 1901 à la protection des « Naturdenkmäler » (Massard 1990, 105). En novembre 1911, elle avait par ailleurs invité Hugo Conwentz, l’auteur de Die Gefährdung der Naturdenkmäler und Vorschläge zu ihrer Erhaltung (cf. ibid., 105s). L’ouvrage Die Baumriesen des Großherzogtums Luxemburg d’Ernest Faber, dont une première édition avait été publiée en 1893, a sans doute aussi contribué à cette nouvelle perception des forêts. Dans l’avant-propos, la nécessité de préserver certains arbres (ou des photographies de ces arbres) est avant tout justifiée par leur nature testimoniale, un argument que l’on n’attend pas a priori de la part d’un scientifique :

« Zweck dieser bescheidenen Schrift ist, die in unserem kleinen Vaterlande vorhandenen mächtigen, ehrwürdigen Zeugen früherer Zeiten, an die sich zugleich manche Sage knüpft, in Wort und Bild der Zukunft zu erhalten. Indem dadurch die Aufmerksamkeit auf sie gelenkt wird, dürfte mancher von ihnen zum Gegenstand warmer Fürsorge werden, denn beim luxemburger Volk, den Bewohnern des früheren Wälderdepartementes, war das Interesse für die Baumriesen von jeher ein sehr ausgeprägtes. » (Faber [1920], 6)

Quand, dans sa chronique, Batty Weber qualifie les arbres de « einzig lebende Zeugen versunkener Zeiten », de « stumme Zeugen» (AK 28 octobre 1913), de « grün[e] Zeugen grauer Vergangenheit » (AK 31 juillet 1924), il pense probablement à Ernest Faber, qu’il cite régulièrement. Même s’il ne les qualifie pas explicitement de « Naturdenkmäler », il juge les vieux arbres dignes d’être protégés au même titre que les monuments historiques tels que la grotte du rocher de Saint-Crépin (cf. AK 19 janvier 1935), ce en quoi il est en parfait accord avec l’esprit de la loi de 1927. Dans sa chronique, les arguments avancés en faveur de la protection des arbres sont souvent d’ordre esthétique14 mais aussi identitaire, voire patriotique. Non seulement ils incarnent le temps qui passe mais leurs racines viendraient aussi nous rappeler l’importance de la mémoire collective, qui nous aiderait à mieux préparer l’avenir. Si la métaphore de l’arbre est employée dans des développements sur l’importance de l’histoire, il arrive que Weber passe ensuite à des considérations sur les arbres bien réels, dignes de protection précisément en raison de leur valeur symbolique. C’est notamment le cas dans une chronique de 1936, période au cours de laquelle le Luxembourg sent son intégrité territoriale et son indépendance menacées :

« Ein Volk ohne Geschichte ist ein Baum ohne Wurzeln.

Das sicherste Mittel, die Welt von unserm Recht auf Eigendasein zu überzeugen, besteht darin, daß wir unser eigenes Dasein in der Vergangenheit nachweisen.

P.S. – Auch die alten Bäume im Land überall sind ein Bestandteil unserer Geschichte, und wer sie ohne Not umhaut, vergeht sich an der Heimat ! » (AK 31 mars 1936 ; voir aussi Millim 2017, 118)

Tout en faisant écho au rapporteur de la commission chargée de l’élaboration du projet de loi de 1927, qui avait présenté la détérioration des sites comme un « crime de lèse-patrie » (Chambre des députés 3 mai 1927, 1753), ces développements montrent à quel point la dichotomie nature/culture est absente de l’argumentation de Batty Weber, qui insiste par ailleurs sur le sort des arbres individuels et non sur leur fonction au sein de ce que nous appelons aujourd’hui un écosystème. La plupart des spécimens dont il déplore la disparition se trouvent de surcroît en milieu urbain ou périurbain et ceux qui portent la trace d’une intervention humaine – par exemple quelque graffiti – lui semblent particulièrement dignes d’être protégés. Surtout, dans sa chronique, ces arbres sont artialisés, au sens qu’Alain Roger a conféré à ce terme,15 c’est-à-dire vus et évoqués à travers une grille de lecture culturelle. De manière récurrente, ils sont ainsi qualifiés de « Baumsolisten » (AK 31 juillet 1924) ou de « Solo[bäume] » (ibid. et autres occurrences).

Comme le confirme indirectement cette métaphore musicale, la caractéristique la plus saillante de l’évocation des arbres dans l’Abreißkalender est leur anthropomorphisme. Le 29 janvier 1935, Batty Weber imagine par exemple un dialogue avec un arbre abattu doté non seulement de la parole mais aussi d’un véritable visage : « die helle Hieb- und Sägefläche am untern Ende war wie ein Gesicht, rauh, grimassenhaft verzerrt, die beim Umbrechen zerrissenen Holzfasern wie ein gesträubter Bart um Lippen, Wangen und Kinn. » (AK 29 janvier 1915) Cet anthropomorphisme n’a en soi rien de bien original. Comme le remarque Martine Chalvet, « à la veille de la Première Guerre mondiale, le topos de l’arbre humanisé est devenu un lieu commun largement partagé. Tantôt envisagée comme une femme que l’on aime ou un enfant que l’on protège, la forêt est aussi perçue comme un ancêtre vénérable, symbole de sagesse, qui mérite le respect. » (Chalvet 2021a, 284) Chez Batty Weber, l’humanisation a indéniablement une fonction rhétorique : qualifier l’évocation d’un « patriarche » abattu de « nécrologie » (« Nachruf » ; AK 20 février 1915) ou traiter de « faire-part de décès » (« Todesanzeige » ; ibid.) un développement sur une coupe, voilà des procédés visant à toucher le lecteur et à le faire adhérer au point de vue du chroniqueur. Comparer les coupes à une exécution (cf. AK 21 décembre 1922) ou assimiler une bordure de route couverte d’arbres abattus à un champ de bataille participe de cette même stratégie, de même que les comparaisons entre l’abattage d’un arbre et celui d’un porc (cf. AK 18 février 1927).

Au-delà de cette dimension rhétorique et de l’idée romantique d’une nature reflétant le devenir de l’homme, on trouve parfois des passages qui, timidement, esquissent l’idée d’une continuité entre l’humain et le non-humain. En témoigne ce développement consacré à la profession de garde-forestier, où on détecte certes de l’humour, mais aussi l’idée que les arbres sont des êtres vivants à part entière, qui partagent avec les humains une certaine manière d’être au monde par leur organicité même :

« Zwischen lebenden Wesen dahingehen, die atmen, die fühlen, was Sonne ist und Nacht, die zum Licht erwachen und die sterben, wie wir, und die nicht reden! Die einen nicht fragen wie’s geht, warum sich die Müller von ihrem Mann scheiden läßt, welchen neuen Prozeß Herr Bischof Koppes wieder auf dem Hals hat. […]

Stumme Zeugen ? Nein. Wer will, kann sie reden hören. Und wer ihnen zuzuhören weiß, wird verstehen, daß die Vergangenheit uns viel, viel näher ist, als wir glauben. Wir brauchen uns nur im Zusammenhang mit ihr zu fühlen, so schlingt sich lebendig das Band der Menschenleben, die sich von ihnen zu uns gesponnen haben, und alle, die einst im Schatten unserer Baumriesen wandelten und in ihre Rinde Namen und Herzen schnitten, sehen uns aus Bruder- und Schwesternaugen an. » (AK 28 octobre 1913)

Toutefois, l’insistance, à la fin de ce développement, sur la capacité des arbres à nous rapprocher de notre passé confirme la vision anthropocentrée de la nature que Batty Weber partage avec les hommes de son temps : on est loin de la « célébr[ation] » de l’arbre que propose Robert Dumas (cf. 2002, 238), plus loin encore de La Vie des plantes d’Emanuele Coccia, qui entend « rouvrir la question du monde à partir de la vie des plantes. » (Coccia 2016, 31) On note par ailleurs que, contrairement à certains de ses contemporains (notamment les naturalistes) et surtout contrairement aux acteurs de l’écologie politique, et sans même parler de phénomènes qu’il ne pouvait connaître, comme l’importance des forêts dans la lutte contre le réchauffement climatique d’origine humaine, Weber ne souligne pas le rôle primordial des arbres pour la survie d’autres espèces, tels les oiseaux qui y nichent. Son discours sur les mesures visant à protéger la gent ailée, très ambivalent, confirme dans une large mesure cet écart qui le sépare des écologistes modernes.

La protection des oiseaux au miroir de l’Abreißkalender

Les oiseaux étaient, au Grand-Duché comme dans d’autres pays européens, les premiers animaux sauvages à bénéficier d’une protection légale spécifique, réclamée d’abord dans le cadre d’une approche utilitaire et anthropocentrée dont la Convention de Paris sur la protection des oiseaux utiles à l’agriculture (1902) est une des expressions les plus nettes.16 Inspirée largement par Jean Morbach, le fondateur de la Société pour la protection des animaux et des sites,17 la première loi luxembourgeoise sur la protection des oiseaux, entrée en vigueur le 24 février 1928, était en avance sur son temps dans la mesure où elle stipulait notamment une interdiction générale de la chasse aux oiseaux migrateurs et la protection de certains oiseaux ne présentant aucun intérêt économique direct pour l’homme, comme les chouettes et certains rapaces, ainsi que la prohibition des méthodes de chasse jugées cruelles, comme l’emploi de lacets ou de glue (cf. Melchior 1995, 4). Le fait qu’elle prévoie la possibilité de reclasser certaines espèces dans la catégorie des « oiseaux-gibier » poussa néanmoins son principal instigateur à la démission et permit la ré-autorisation de la chasse à certaines espèces au cours des années suivantes (ibid.). Alors même que Morbach et les auteurs du texte avaient voulu éviter toute distinction entre oiseaux nuisibles et oiseaux utiles, celle-ci fut omniprésente lors de la première lecture du projet le 31 mai 1927, puis au moment de la seconde lecture (19 janvier 1928). Batty Weber, qui était sténographe à la Chambre de 1895 à 1928 (cf. Marson 2025), ne l’ignorait pas.

Le 3 juin 1927, il publie un dialogue imaginaire avec un personnage récurrent de sa chronique, M. Grimmberger, dont le nom est manifestement dérivé de l’adjectif allemand « grimmig » (« fâché », « féroce ») et qu’il lui arrive de qualifier de « Nörgler » (« râleur »). Parfois présenté comme l’auteur de courriers que Weber s’empresse de publier et de commenter, Grimmberger est tantôt l’alter ego du chroniqueur, tantôt le contradicteur d’un narrateur anonyme dont il est impossible de savoir s’il incarne ou non le point de vue de Batty Weber. Le dialogue publié le 3 juin 1927 s’ouvre sur une interpellation du narrateur anonyme qui annonce à Grimmberger qu’en raison de la nouvelle loi, il devra désormais se passer de « grives sur canapé» 18  – ce à quoi l’intéressé répond qu’il n’aura aucune difficulté à se procurer les Krammetsvögel dans un des pays voisins. Ce premier contre-argument (la supposée inutilité des mesures régulatrices prises par les États de petite taille), Batty Weber a pu l’entendre lors des débats à la Chambre.19 Il est suivi d’un deuxième, lui aussi inspiré de la séance parlementaire. À une remarque admirative du narrateur sur la manière dont le rapporteur de la commission parlementaire (cité nommément) avait présenté la loi en insistant sur la nécessité de préserver l’équilibre de la nature, Grimmberger répond : « O ja, er hatte vollkommen recht. Er sagte: Die Natur gleich[t] von selbst das Zuviel und Zuwenig aus. Sollte man es da also nicht darauf ankommen lassen, daß sie für Ausgleich sorgt, wenn einmal eine Unterbilanz an Vögeln sich herausstellt? »20

La réponse que le narrateur assène à Grimmberger au sujet de l’inutilité de la régulation n’a quant à elle pas été formulée à la Chambre et pourrait certainement être qualifiée de proto-écologique. Marquée stylistiquement par une répétition que l’on retrouvera plus tard dans un des slogans écologistes les plus connus,21 la réflexion porte sur le risque d’extinction des espèces : « Aber wenn der Mensch den letzten Krammetsvogel gefangen hat, und damit den letzten Buchfinken und die letzte Meise und das letzte Rotkehlchen, dann ist es mit dem Ausgleich definitiv Essig. » (AK 3 septembre 1927)

Le dialogue fictif imaginé par Batty Weber reste pourtant très ambivalent. Si, très convaincant, cet argument du narrateur semble destiné à obtenir l’adhésion du lecteur à la cause des oiseaux, c’est Grimmberger qui a le dernier mot. Après les réflexions sur l’équilibre de la nature et la chaîne alimentaire au bout de laquelle se trouve l’homme, que des microorganismes finiront par ronger, Grimmberger rappelle au narrateur une « étrange affiche » (« merwürdige[s] Plakat ») que ce dernier aurait vue, pendant la Grande Guerre, quelque part en Belgique ou en France :

« Ach ja, ich entsinne mich genau. Es war am Tage nach der Schlacht ... »

« Dem Schlachten, wollen Sie sagen. »

« Also dem Schlachten von Ethe. […] Es roch nach Blut, die Verwundeten brüllten aus den Fenstern, die Toten lagen in den Gräben […], und als wir nach Virton kamen, sahen wir an einer Gartenmauer das große Plakat: « Soyez bons pour les animaux ! »

« Da haben Sie’s ! Die Krammetsvögel werden sich einen Ast lachen, wenn sie hören, daß wir sie schützen wollen, und daß die Großen der Erde schon das Jahr bestimmen, in dem wir selbst uns wieder millionenweise gegenseitig totschlagen werden ! » (ibid.)

Batty Weber renvoie à plusieurs reprises au panneau de la Société pour la protection des animaux vu sur les ruines d’une des villes martyres, à chaque fois pour suggérer que la protection de la vie humaine devrait passer devant le bien-être animal : en octobre 1927, le libellé de la SPA apparaît dans un développement consacré à la Croix-Rouge (cf. AK 21 octobre 1927), en 1933 il est cité en relation avec le remplacement de la chasse aux pigeons par le tir aux pigeons d’argile, lequel devrait inciter à la mise en service de soldats en terre cuite lors des guerres (cf. AK 27 mai 1933), enfin en mai 1934 dans une réflexion sur la nécessité d’interdire les attelages de chiens (cf. 19 mai 1934), une pratique de fait combattue par les différentes sections de la Société pour la protection des animaux.22 Les références ironiques au slogan, qui a d’ailleurs été cité sous une forme proche lors de la première lecture du projet de loi sur la protection des oiseaux23, constituent très certainement de la part de Batty Weber une remise en question d’un des principaux arguments avancés par cette société, au Luxembourg comme ailleurs : l’espoir que la bonté vis-à-vis des animaux rendrait les hommes meilleurs (cf. Klein 1913).

La loi sur la protection des oiseaux a inspiré un deuxième dialogue au chroniqueur. Publié le 21 juin 1927, il oppose encore une fois un narrateur anonyme à un homme lui aussi anonyme qui affirme s’être servi de son fusil de chasse pour protéger les petits oiseaux de son jardin contre des geais agressifs – un geste qui, au lieu des félicitations escomptées, ne lui aurait apporté que des reproches de la part de sa famille. Guère disposé à aider l’ennemi des geais à mettre en place un type « rationnel » de protection des oiseaux (qui viserait la protection exclusive des volatiles agréables à l’homme) et songeant plutôt à fonder une société pour la protection des humains (« Menschenschutzgesellschaft »), le narrateur poursuit sa route jusqu’à ce qu’il aperçoive un homme tirant une charrette sur laquelle sont posés des bagages ainsi qu’une jeune femme. La présence d’un chien imposant marchant à côté de l’attelage lui inspire les réflexions suivantes :

« ‹ Ist das Ihr Hund ? ›
‹ Jawohl ! ›
‹ Warum spannen Sie ihn denn nicht an ? ›
Da rief die junge Frau entrüstet:
‹ Wir sind im Tierschutzverein. ›
Und der Mann zog das Wägelchen weiter. Ob die Frau später auch noch die Ulmer Dogge zu sich aufs Gefährt nahm, weiß ich nicht. »
(AK 21 juillet 1927)

Dans ces deux chroniques, le choix du dialogue permet à Batty Weber de ne pas prendre position – une attitude de retrait que confirment les nombreuses questions dans certains développements consacrés aux arbres et aux raisons censées en justifier l’abattage. Pourtant, témoignant d’une distance par rapport à une législation dont les enjeux lui semblaient disproportionnés, ces dialogues écrits sur le vif et destinés à divertir ne témoignent pas, de la part de Batty Weber, d’une insensibilité vis-à-vis du bien-être des animaux. D’autres passages de sa chronique montrent en effet qu’il jugeait cruelles certaines pratiques de chasse telles que l’usage du miroir aux alouettes.24 Dès 1918, il prend aussi la défense de la corneille, en s’appuyant sur des arguments utilitaires tirés d’un livre de zoologie (cf. AK 3 mars 1918).

Des préoccupations proto-écologiques

Plus fondamentalement, il est sans conteste que Batty Weber était sensible à certains sujets occupant une place centrale dans l’écologie politique telle que nous la connaissons aujourd’hui. Ainsi, c’est la question de la pollution des cours d’eau par les tanneries que, pêcheur passionné attaché à la région mosellane, il aborde dans son roman Brabanter lernt fischen (1931 à 1932 ; cf. Weber 2010 ; Thiltges 2020, 222). Sa chronique du 12 janvier 1930 concerne la pollution de la Wiltz. De façon révélatrice, ces réflexions sont menées sous la forme de questions qui, en l’occurrence, présentent certains traits de la question rhétorique :

« Soll man nun solchen Niederlassungen, die nur Einzelinteressen dienen, großmütig erlauben, eine Bevölkerung von Tausenden um ihr angestammtes Recht auf eine gesunde Luft und klares Wasser zu bringen? Soll man nicht sorgfältig das Vorhandene gegen die problematischen Vorteile eines geplanten Neuen abwägen, und soll man nicht, wo das Übel leider schon eingewurzelt ist, die Schuldigen zwingen, auf einen Teil ihrer Dividenden zu verzichten und das Geld für Anlagen aufzuwenden, die den Schaden wenigstens so weit abschwächen, wie es mit den Hilfsmitteln der Technik und Wissenschaft möglich ist? » (AK 12 janvier 1930)

Quant à l’épuisement des ressources fossiles, que l’on associe souvent au rapport dit « Meadows » sur les limites de la croissance publié en 1972, il est annoncé par Batty Weber dès avril 1918, dans un dialogue portant sur la motorisation. On note une nouvelle fois la répétition insistante de l’adjectif « letzter », à des fins rhétoriques :

« Lieber Mann, die Sache ist sehr einfach. Ihre Dampfmaschinen, Ihre Benzinmotore, ja sogar Ihre Dauerbrandöfen stehen und fallen mit toten Reserven in der Natur, die niemals erneuert werden können. An dem Tage, wo die letzte Kohle und die letzte Tonne Petroleum aus den Eingeweiden der Erde geholt ist, sind die Stunden Ihrer maschinellen Motoren gezählt und können Sie Ihre Kohlenheizungen zum alten Eisen werfen. » (AK 16 avril 1918)

Or, alors que la question de la fin des ressources fossiles constitue, dans le discours écologiste moderne, un élément des scénarios-catastrophes, l’interlocuteur du narrateur se montre étonnamment optimiste : à défaut de pouvoir se chauffer au pétrole, les hommes devront, selon lui, recommencer à brûler les vieilles bûches qui « repoussent éternellement dans nos forêts » (« die in unsern Wäldern endlos nachwachsen », ibid.) , un espoir qui a cessé d’être partagé à l’heure du dérèglement climatique.

Fig. 3: Batty Weber en 1934. Album de photos du Fonds Batty Weber du CNL, L-48 ; III.3.1 (page portant la date du 16 avril 1934).
Fig. 3: Batty Weber en 1934. Album de photos du Fonds Batty Weber du CNL, L-48 ; III.3.1 (page portant la date du 16 avril 1934).

Conclusions

Batty Weber, un écolo avant la lettre, un « Ökobatty » ? En raison des contraintes génériques de sa chronique, de l’importance qu’y prennent certaines figures rhétoriques et vu le choix récurrent du dialogue (en somme du dialogisme au sens bakhtinien du terme), il reste difficile de définir de manière précise sa position au sujet des premières mesures visant à protéger la nature. Bien qu’il se montre conscient de certains enjeux environnementaux, son discours sur la nature est globalement conforme au contexte esthétique, idéologique et épistémologique de son temps. Inséparable de la culture, souvent investie d’un symbolisme identitaire mis au service de la construction d’un sentiment d’appartenance collective, anthropomorphisée et décrite à l’aune de modèles culturels, la nature est jugée digne d’être protégée tant que les mesures prises en sa faveur ne remettent pas en question la primauté de l’homme. Si les travaux d’Anne-Marie Millim sur la représentation des forges du bassin minier (cf. Millim 2014) ainsi que les études portant sur le roman Fenn Kaß incitent à classer Batty Weber parmi les représentants de l’avant-garde littéraire et parmi les défenseurs du progrès technologique, ses évocations des arbres remarquables sont largement marquées par le romantisme et proches, sur certains points, de réflexions que l’on trouve chez des intellectuels plus conservateurs – ce qui montre la diffusion des idées pré-écologiques au-delà des clivages politiques et la difficulté à les interpréter dans le contexte de l’opposition entre conservateurs et modernes thématisée dans Fenn Kaß. Enfin, l’Abreißkalender confirme les réflexions de Sébastian Thiltges sur « l’anthropologie de l’humain non moderne » (Thiltges 2019, 67) telle qu’elle se manifeste dans certains passages de ce roman de Batty Weber, « moderne » devant dans ce contexte être compris au sens de Bruno Latour, qui associe la naissance de la modernité au dualisme nature/culture. C’est justement dans la mesure où ses textes suggèrent parfois de manière discrète une continuité entre les humains et le vivant non-humain (notamment les arbres) que Batty Weber peut toucher notre sensibilité de lecteurs écocritiques – en nous rappelant à sa manière que « nous n’avons jamais été modernes » (Latour 1991, titre).

Bibliographie

  1. Blanc, Nathalie, Denis Chartier et Thomas Pughe. « Littérature & écologie : vers une écopoétique », Écologie & politique (36 : Littérature & écologie), 2008, pp. 15-28. https://shs.cairn.info/article/ECOPO_036_0015/pdf?lang=fr [PDF]. Consulté le 1er mai 2025.
  2. Chambre des députés (éd.). « Compte rendu de la 48e séance de la Session ordinaire de 1926-1927 de la Chambre des députés du Grand-Duché de Luxembourg (5 mai 1927) », Compte rendu des séances de la Chambre des députés du Grand-Duché de Luxembourg, Session ordinaire de 1926-1927, vol. 1. Imprimerie Victor Buck, 1928, pp. 1747-1780.
  3. Chambre des députés (éd.), « Compte rendu de la 52e séance de la Session ordinaire de 1926-1927 de la Chambre des députés du Grand-Duché de Luxembourg (31 mai 1927) », Compte rendu des séances de la Chambre des députés du Grand-Duché de Luxembourg, Session ordinaire de 1926-1927, vol. 1. Imprimerie Victor Buck, 1928, pp. 1878-1894.
  4. Chalvet, Martine. Une histoire de la forêt, avec une postface inédite. Le Seuil, 2021 [2011].
  5. Chalvet, Martine. « Conservation/préservation de la nature ‹ sauvage › : une histoire des savoirs, des imaginaires et des idéologies (XIXe siècle et première partie du XXe siècle) ». Revue forestière française 73 (2-3 : Des forêts en libre évolution), 2021, pp. 227-251. doi : 10.20870/revforfr.2021.5470.
  6. Choné, Aurélie. « Ecocriticism/écocritique im deutschen und französischen Kontext : eine vergleichende Perspektive ». Revue d’Allemagne et des pays de langue allemande 51 (2), 2019, pp. 321-341. doi : 10.4000/allemagne.1975.
  7. Coccia, Emanuele. La Vie des plantes. Une métaphysique du mélange. Payot & Rivages, 2016.
  8. Drouin, Jean-Marc. Réinventer la nature. L’écologie et son histoire. Desclée de Brouwer, 1991.
  9. Dumas, Robert. Traité de l’arbre. Essai d’une philosophie occidentale. Actes Sud, 2002.
  10. Faber, Ernest. Die Baumriesen des Großherzogtums Luxemburg in Wort und Bild, mit Erwähnung hervorragender ausländischer Riesenbäume. Franz Faber, [1920].
  11. Gilbertz, Fabienne. « ‹Er war mit der Zeit zu einem Begriff geworden. › Zur Konstruktion der Figur Batty Weber ». Batty Weber. Werk und Wirkung, édité par Anne-Marie Millim. Centre national de littérature, 2017, pp. 27-57.
  12. Glotfelty, Cheryll. « Introduction : Literary studies in an age of environmental crisis ». The Ecocriticism Reader. Landmarks in Literary Ecology, édité par Cheryll Glotfelty et Harold Fromm. University of Georgia Press, 1996, pp. xv-xxxvii.
  13. Haeckel, Ernst. Natürliche Schöpfungsgeschichte. Gemeinverständliche wissenschaftliche Vorträge über die Entwicklungslehre. Reimer, 1870.
  14. Hoenen-Gaasch, Danielle. Studien zu Batty Webers « Abreißkalender » von 1913 bis 1918 [mémoire dactylographié non publié]. Esch-Alzette, 1977.
  15. Jeannerod, Aude. « La naissance de l’écologi(sm)e. Entretien avec Patrick Matagne ». RELIEF – Revue électronique de littérature française 16 (1), 2022, pp. 248-262. doi : 10.51777/relief12384.
  16. Klein, Edmond J. Tierschutz aus Eigennutz, Tierschutz und Mode. Die Ethik des Tierschutzes. Drei Vorträge gehalten bei Gelegenheit der Generalversammlungen des « Luxemburger Tierschutzvereins », 1909, 1911 und 1912. Worré-Mertens, 1913.
  17. Latour, Bruno. Nous n’avons jamais été modernes. La Découverte & Syros, 1991.
  18. Lieb, Daniela. « Batty Weber und die Cahiers luxembourgeois. Ein topographischer Erschließungsversuch am Beispiel von zwei Mosel-Texten ». Batty Weber. Werk und Wirkung, édité par Anne-Marie Millim. Centre national de littérature, 2017, pp. 58-93.
  19. Marson, Pierre. « Batty Weber ». Luxemburger Autorenlexikon, actualisé le 7 mars 2025. https://www.autorenlexikon.lu/page/author/179/1791/DEU/index.html. Consulté le 7 août 2024.
  20. Massard, Joseph A. « La Société des naturalistes luxembourgeois du point de vue historique ». Le Livre du centenaire 1890-1990. Bulletin de la Société des naturalistes luxembourgeois 91, 1990, pp. 5-214.
  21. Melchior, Ed. « 75 Jahre ‹ Lëtzebuerger Natur- a Vulleschutzliga › ». Regulus 75 (1), 1995, pp. 4-8. http://www.luxnatur.lu/regulus/r199501004.pdf [PDF]. Consulté le 1er mai 2025.
  22. Melchior, Ed., « Vom Vogelschutz zum Umweltschutz ». E Bléck an eis Natur vun A-Z. Entdecken & wëssen, schützen & hëllefen, édité par natur & ëmwelt a.s.b.l. Binsfeld, 2020, pp. 6-12.
  23. Millim, Anne-Marie. « Celestial Landscapes : the Supranational Imagination in Luxembourg’s Pre-World War I Press ». National Identities 16 (3), 2014, pp. 197-208.
  24. Millim, Anne-Marie, « Batty Weber – Der Abreißkalendermann als Historiker des Alltags ». Batty Weber. Werk und Wirkung, édité par Anne-Marie Millim. Centre national de littérature, 2017, pp. 95-153.
  25. Posthumus, Stephanie. « Eco- and Geo- Approaches in French and Francophone Literary Studies ». Handbook of Ecocriticism and Cultural Ecology, édité par Hubert Zapf. De Gruyter, 2016, pp. 385-412.
  26. Radkau, Joachim. Die Ära der Ökologie. Eine Weltgeschichte. C.H. Beck, 2011.
  27. Rinnen, Henri. « Menschen um Vogelschutz und Vogelkunde ». Regulus 50 (2-5) 1970, pp. 98-118.
  28. Roger, Alain. Nus et paysages : essai sur la fonction de l’art. Aubier, 1978.
  29. Schoentjes, Pierre. Ce qui a lieu. Essai d’écopoétique. Wildproject, 2015.
  30. Schoentjes, Pierre. « Perspectives écopoétiques : écologie et écriture ». Histoire de la recherche contemporaine 10 (1), 2021, pp. 60-65. https://journals.openedition.org/hrc/5749. Consulté le 1er mai 2025.
  31. Sunnen, Myriam. « Protéger, conserver : les intellectuels luxembourgeois de la première moitié du XXe siècle face à la nature ». Kulturökologie und ökologische Kulturen in der Großregion/Écologie culturelle et cultures écologiques dans la Grande Région, édité par Sébastian Thiltges et Christiane Solte-Gresser. Peter Lang, 2020, pp. 193-210.
  32. Sunnen, Myriam « Landwûol ». Vu Gäert a Bicher, édité par Claude D. Conter, Kim Krier et al. Bibliothèque nationale du Luxembourg, 2023, pp. 363-376.
  33. Thiébault, Stéphanie. La Forêt. Histoire, usages, représentations et enjeux. CNRS Éditions, 2023.
  34. Thiltges, Sébastian. « Du polar régional à l’écopolar : nature et environnement dans quatre récits policiers luxembourgeois ». Fundstücke. Archiv – Forschung – Literatur/Trouvailles. Archives – Lettres – Recherche, 2, édité par Claude D. Conter. Centre national de littérature, 2016, pp. 186-201.
  35. Thiltges, Sébastian. « Introduction. Écocritique comparée des littératures pour la jeunesse ». Éco-graphies. Écologie et littératures pour la jeunesse, édité par Nathalie Prince et Sébastian Thiltges. Presses universitaires de Rennes, 2018, pp. 20-35.
  36. Thiltges, Sébastian. « Nature et modernité. Réflexions théoriques suivies d’une lecture écologique de Fenn Kaß ». Modernismen in Luxemburg : Traditionen, Variationen, Brüche/Modernismes au Luxembourg : Traditions, variations, ruptures, édité par Anne-Marie Millim et Ian De Toffoli. Centre national de littérature, 2019, pp. 153-171.
  37. Thiltges, Sébastian. « Frontières liquides : l’eau dans les romans de la terre ». Kulturökologie und ökologische Kulturen in der Großregion /Écologie culturelle et cultures écologiques dans la Grande Région, édité par Sébastian Thiltges et Christiane Solte-Gresser. Peter Lang, 2020, pp. 213-233.
  38. Thiltges, Sébastian. « La représentation interculturelle du désastre nucléaire entre appropriation et écart : deux exemples luxembourgeois » RELIEF. – Revue électronique de littérature française 16 (1), 2022, pp. 210-226.
  39. Thiltges, Sébastian et Christiane Solte-Gresser. « Écologie, culture, Grande Région : remarques introductives sur une relation plurielle et complexe ». Kulturökologie und ökologische Kulturen in der Großregion/Écologie culturelle et cultures écologiques dans la Grande Région. Peter Lang, 2020, pp. 37-68.
  40. Walter, François. Les Figures paysagères de la nation. Territoire et paysage en Europe (16e-20esiècle). Éditions de l’EHESS, 2004.
  41. Weber, Batty. Fenn Kaß. Der Roman eines Erlösten, édité par Josiane Weber. Centre national de littérature, 2001 [1913].
  42. Weber, Batty. Brabanter lernt fischen, postface de Cornel Meder. Centre culturel de Differdange, 2010.
  43. Weny, Simone. « La patrimonialisation des châteaux au Grand-Duché de Luxembourg (1800-1940). Essai d’analyse axiologique au service de l’histoire patrimoniale du château de Vianden ». Trulla et cartæ : de la culture matérielle aux sources écrites : liber discipulorum et amicorum in honorem Michel de Waha. Le Livre Timperman, 2014, pp. 443-471.
  44. Werdel, Lynn. D’formal-ästhetesch Duerstellung vum Éischte Weltkrich an der Lëtzebuerger Literatur. Analys vun der Naturmetaphorik beim Jean-Pierre Erpelding, Batty Weber a Willy Goergen [mémoire de Master en enseignement secondaire, filière luxembourgeoise, dir. par Jeanne E. Glesener, non publié]. Université du Luxembourg, 2023/24.
  45. Zemanek, Evi. « Unkalkulierbare Risiken und ihre Nebenwirkungen. Zu literarischen Reaktionen auf ökologische Transformationen und den Chancen des Ecocriticism ». Literatur als Wagnis, édité par Monika Schmitz-Emans. De Gruyter, 2013, pp. 279-302.
  46. Zemanek, Evi. « Pour une écologie littéraire. Changements environnementaux, innovations (éco-)poétiques et transformations des genres : le cas du nouveau récit de village (Dorfroman) ». Revue d’Allemagne et des pays de langue allemande 51 (2), 2019, pp. 343-356.

Commentaires

  1. 1 Je tiens à remercier chaleureusement Sébastian Thiltges de la manière collégiale et efficace dont nous avons préparé cette intervention. Sans ses connaissances dans le domaine de l’écocritique et sans les échanges stimulants que nous avons eus au cours des dernières années, également dans le cadre d’autres interventions communes, ce texte n’aurait pas vu le jour. C’est donc en tant que pluriel authentique renvoyant à notre réflexion commune qu’on lira ici le pronom personnel « nous ». Ma reconnaissance va aussi à Olga Roster, qui, dans le cadre d’un stage effectué au Centre national de littérature, a largement contribué à la recherche par mots-clés dans la version électronique de l’Abreißkalender.
  2. 2 Mot signifiant « costaud, sacré morceau ». Voir le dictionnaire de luxembourgeois en ligne (LOD) sous https://lod.lu/artikel/BATTI1. Consulté le 1er mai 2025.
  3. 3 « Avoir une conduite déplacée, exagérer, déconner ». Voir https://lod.lu/artikel/BATTI1. Consulté le 1er mai 2025.
  4. 4 Voir, pour la traduction « frimeur », https://lod.lu/artikel/TUTEBATTI1, consulté le 1er mai 2025, et, pour des emplois relativement récents au sens propre et sans connotation négative, le projet Olympiad vun den Tutebattien organisé dans différentes écoles de musique de l’Union Grand-Duc Adolphe et décrit entre autres dans la brochure E Bléck an eis Gemeng édité par l’administration communale d’Esch/Sûre en février 2019, p. 36 (sous https://esch-sur-sure.lu/wp-content/uploads/2021/04/Bleck_2-2019-light.pdf, consulté le 19 juin 2025), ainsi que le disque compact Den Tutebatti de Romy Grandgenet et Ralph Kilburg.
  5. 5 On trouve le mot « écologie » dans un compte rendu signé F.S. d’un ouvrage de Victor Ferrant publié dans le Bulletin de la Société des naturalistes luxembourgeois de décembre 1926 (https://viewer.eluxemburgensia.lu/ark:70795/xwsgb2/pages/30/articles/DTL208, numérisé par la Bibliothèque nationale du Luxembourg, consulté le 1er mai 2025). Son équivalent allemand, « Oekologie », apparaît dans le même périodique dès 1911 (https://viewer.eluxemburgensia.lu/ark:70795/9r5qtd/pages/15/articles/DTL129, numérisé par la Bibliothèque nationale du Luxembourg, consulté le 1er mai 2025).
  6. 6 On trouve notamment le terme « Ökologie » au sens de « protection de l’environnement » dans l’annonce d’un congrès de l’association européenne Ardennen-Eifel publiée dans le Luxemburger Wort le 27 mai 1959. Voir sous https://viewer.eluxemburgensia.lu/ark:70795/fxr3brjq3/pages/5/articles/DIVL392 (numérisé par la Bibliothèque nationale du Luxembourg).
  7. 7 Voir Radkau 2011, le titre du premier chapitre : « Spurensuche im Öko-Dschungel – Umweltschutz denken », en particulier pp. 7-37. En l’absence de toute autre précision, les traductions françaises de termes ou de parties de phrases apparaissant dans des textes allemands sont dues à l’autrice de cet article.
  8. 8 Voir Millim 2017a. Pour désigner les contributions de Batty Weber au quotidien Luxemburger Zeitung sous le titre Abreißkalender (« éphéméride »), nous employons ici le terme « chronique ». Sur la question du genre, voir l’article précité d’Anne-Marie Millim, ibid., pp. 96-107.
  9. 9 Voir à ce sujet Choné 2019 ; sur l’écrocritique et l’écopoétique françaises, voir entre autres Posthumus 2016 ; Schoentjes 2015 ; 2021.
  10. 10 Voir les développements de Josiane Weber dans Weber 2001, pp. 445s.
  11. 11 Toutes les références à la chronique Abreißkalender de Batty Weber renvoient à l’édition mise en ligne par l’Université du Luxembourg (https://battyweber.uni.lu). Le sigle AK sera suivi de la date de publication.
  12. 12 Sur l’histoire de la protection des forêts, voir notamment Chalvet 2021a ; 2021b ; voir aussi Thiébault 2023.
  13. 13 Voir Chambre des députés 5 mai 1927, pp. 1748-1780. Sur cette loi et la naissance des idées proto-écologiques au Luxembourg, voir Sunnen 2020, en particulier pp. 200-204. Sur l’argumentaire au service de la patrimonialisation de certains sites luxembourgeois, voir aussi Weny 2014.
  14. 14 L’arbre est alors perçu lui-même comme un objet digne d’admiration (cf. AK 2 juillet 1933) ou comme un élément décoratif contribuant à l’harmonie du paysage
    (cf. AK 7 juillet 1938).
  15. 15 En particulier dans Roger 1978. Voir aussi Lieb 2017, p. 63.
  16. 16 Sur les débuts de la protection des oiseaux au Luxembourg, voir entre autres Rinnen 1970 ; Melchior 1995 ; 2020. Voir aussi Massard 1990, pp. 99-102 et Sunnen 2020, pp. 198-200.
  17. 17 Fondée en 1920, cette société est l’ancêtre de l’ancêtre de l’actuelle Fondation Natur & Ëmwelt.
  18. 18 En français dans le texte allemand.
  19. 19 AK 3 septembre 1927. À l’annonce que la chasse à la grive sera interdite, M. Erpelding avait répondu : « Dann müssen sich die Feinschmecker in Zukunft dieselben aus Belgien kommen lassen. » (Chambre des députés 31 mai 1927, p. 1889).
  20. 20 AK 3 septembre 1927. Voir les paroles du rapporteur, M. Ludovicy : « Die Natur sorgt im großen Ganzen schon selbst dafür, daß überall das zuviel eingedämmt, und das zu wenig ausgeglichen wird. Wenn man die Natur aus der Nähe beobachtet, so kann man feststellen, daß sie selbst für sich sorgt, und daß die Gesetzgebung so wenig wie möglich eingreifen soll. » (Chambre des députés 31 mai 1927, p. 1886).
  21. 21 Le proverbe amérindien, attribué à différents auteurs : « Lorsque le dernier arbre aura été abattu […] on saura que l’argent ne se mange pas. »
  22. 22 En France, cette interdiction a été obtenue grâce à l’engagement de la SPA dès la fin du XIXe siècle. Voir Jeannerod 2022, p. 252.
  23. 23 Voir les propos de M. Flesch : « Soyons humains et bons pour les animaux » (Chambre des députés 31 mai 1927, p. 1892).
  24. 24 Cf. AK 18 mars 1928, où il est également fait allusion à la loi sur la protection des oiseaux.

Annotate

Previous
CC BY-SA 4.0
Powered by Manifold Scholarship. Learn more at
Opens in new tab or windowmanifoldapp.org