Introduction
1La dynamique contemporaine de la didactique des langues implique une pensée de la pluralité, de la contextualisation et de l’historicité. Une même dynamique de la pluralité inspire les systèmes d’écriture et les entrées dans la/les littératie(s). C’est au croisement de ces deux perspectives que s’inscrira une réflexion centrée sur la situation linguistique et éducative du Luxembourg : un « cas » dont l’étude peut mettre en évidence l’originalité et le caractère ouvertement atypique mais tout aussi bien l’exemplarité heuristique pour les problématiques des plurilinguismes et des plurilittératies.
2Toutes les recherches en sociolinguistique, politique linguistique, didactique des langues cherchent à déterminer les fonctions que telle ou telle langue remplit dans tel espace géographique et culturel. Cette recherche est justifiée car s’en tenir à un statut global est notoirement insuffisant : les étiquettes « français langue maternelle » (FLM), « français langue étrangère » (FLE), « français langue seconde » (FLS) sont à l’évidence insuffisantes pour caractériser un contexte et la didactique afférente. L’essentiel est de définir et d’argumenter les usages du français. La liste est ouverte : français langue de communication, français langue de scolarisation, français langue de promotion sociale, français langue de culture… Mais elle n’est pas neutre. Suivant les points de vue s’attachent à ces fonctions des valeurs dépendantes de l’historicité : à tel moment, le français a été minoré comme vernaculaire par rapport au latin, à tel autre, minoré comme instrument de communication planétaire par rapport à l’anglais, à tel autre moment, valorisé comme langue de culture opposée aux « langues de service » ou encore valorisé comme langue de promotion dans les anciennes colonies par rapport aux langues africaines ou à l’arabe, valorisé aussi comme « langue d’intégration » dans les sociétés francophones par rapport aux langues de l’immigration.
3C’est évidemment dans le cadre du plurilinguisme, comme réalité et comme idéologie, que se définissent ces fonctions et valeurs des langues et l’exemple du français n’illustre qu’une facette de la complexe situation luxembourgeoise. L’élargissement, la pluralisation du concept de littératie sont impliqués par un plurilinguisme, plutôt des plurilinguismes, dépendants des appartenances sociales et culturelles, et des représentations plus ou moins valorisées des langues en présence. Un détour s’impose donc par une approche globale de la littératie avant d’examiner les caractéristiques linguistiques du contexte et d’en montrer les conséquences pour des approches possibles de la lecture-écriture qui doivent aller jusqu’au travail classique mais indispensable sur les difficultés orthographiques posées par les langues en présence.