Introduction
1Les enquêtes PISA (Programme international pour le suivi des acquis des élèves) subissent régulièrement les critiques de pédagogues qui préconisent de prendre en compte les spécificités relatives à chaque nation, arguant que comparaison n’est pas raison. S’il est envisageable de s’opposer à la fiabilité des méthodes et des critères d’évaluation des performances des élèves, d’autres données, autrement plus importantes d’un point de vue didactique, gagneraient à être prises en compte. Ainsi, l’enquête PISA 2015 indique que la proportion des élèves luxembourgeois qui déclarent que leur enseignant propose une aide individuelle lorsque l’un d’eux a des difficultés à comprendre le sujet ou la tâche demandée à toutes les leçons, presque toutes ou durant beaucoup de leçons, n’atteint que 35 %. La moyenne de l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques) s’élevant à 48 %, le Grand-Duché ferme le classement aux côtés de l’Allemagne et du Japon. De même, en 2018, le Luxembourg arrive en tête des écarts de performance entre les élèves avantagés et les élèves désavantagés, soulignant ainsi l’immuabilité de l’indifférence aux différences, mise en lumière dès 1966 par Pierre Bourdieu (1966). Pourtant, les études en sciences sociales abondent en réflexions qui mettent en exergue la place cruciale de la différenciation afin de favoriser l’équité et de préférer l’égalité des chances à celle des traitements. Nous ne reviendrons pas sur l’ensemble des définitions envisagées mais nous en retiendrons l’idée principale, rappelée par Louis Legrand.
Différencier l’enseignement peut avoir deux sens complémentaires. Il s’agit, dans tous les cas, de prendre en compte la réalité individuelle de l’élève. Mais cette prise en compte peut se faire en considération de deux objectifs différents : ou bien, il s’agit d’adapter l’enseignement à la destination sociale et professionnelle des élèves ; ou bien, un objectif commun étant défini et affiché, il convient de prendre en compte la diversité individuelle pour y conduire. (Legrand, 1995, p. 6)
2Les professeurs rétorqueront alors que la différenciation est une réalité quotidienne incontestable et que chaque élève est considéré différemment pendant la phase d’apprentissage, donnant ainsi raison à Philippe Meirieu qui affirme que « l’expression de pédagogie différenciée [serait] un pléonasme, il n’y a de pédagogie que différenciée, puisqu’il n’y a de savoir que dans et par le chemin qui y mène » (Meirieu, 1988, p. 96). Hélas, cette différenciation sauvage et inconsciente est plus souvent le fruit de considérations « socio-affectives » que d’une démarche didactique réfléchie (Perrenoud, 1995). Fort de ce constat, alarmé par les chiffres des enquêtes PISA, et conscient de l’hétérogénéité des élèves, en particulier au regard de leur langue maternelle, le gouvernement luxembourgeois a mis en place en 2017 une réforme des lycées qui visait à endiguer l’iniquité de l’enseignement et mettre au pas la pédagogie différenciée.