Introduction
1Rares sont les classes au Grand-Duché de Luxembourg pour lesquelles le choix du support pédagogique est de la responsabilité de l’enseignant. En effet, le ministère de l’Éducation nationale (MEN) et la Commission nationale (des programmes) (CN) ont toujours eu une conception fortement centralisée et impérative des programmes scolaires dans notre pays. Ainsi, le programme officiel de français impose depuis toujours à l’enseignant luxembourgeois l’utilisation d’au moins un manuel obligatoire prédéfini et propose parfois, en surplus, quelques manuels facultatifs, le plus souvent au choix du lycée. La liberté pédagogique de l’enseignant est de ce fait assez restreinte et le travail avec la classe se fait obligatoirement avec le(s) manuel(s) imposé(s). Voilà ce qui peut très probablement expliquer l’importance de l’influence du manuel sur la pratique de l’enseignant de français luxembourgeois.
2Pour illustrer cet impact, je me permettrai ici de revenir à une discussion menée au début de ma carrière d’enseignant avec un collègue professeur de français. Après lui avoir demandé, dans le cadre d’un échange informel, ce qu’il était en train de traiter avec ses élèves de sixième, j’ai obtenu une réponse courte mais précise : « J’en suis actuellement à la page 13 du manuel ! » Loin de moi l’idée de condamner ce collègue chevronné ni sa réponse laconique ou encore sa façon de travailler, mais en me consacrant de plus près à la culture de l’enseignement de la langue française et aux méthodes appliquées dans notre pays à la politique langagière si complexe, j’ai pu découvrir en partie l’origine de cette façon bien « méthodique » d’enseigner. En effet, en nous intéressant de plus près aux manuels scolaires utilisés dans le cadre de l’enseignement du français au lycée classique au Grand-Duché de Luxembourg depuis 1960, nous pouvons constater les faits suivants.