Introduction
1La présente contribution se propose d’analyser, dans une approche comparatiste, des déclarations d’élèves sur leur conscience disciplinaire du français dans des classes de lycée de niveaux comparables en France et au Luxembourg. Cette contribution s’intègre au projet de recherche de l’Observatoire du milieu littéraire franco-luxembourgeois, mené de 2018 à 2021, en collaboration entre le Centre de recherche sur les médiations (Crem) de l’université de Lorraine et le département des Humanités de l’université du Luxembourg. Au sein de l’observatoire, dans l’axe « La littérature à l’école », nous cherchions à mieux comprendre les ressorts au secondaire (cycle supérieur au Luxembourg, lycée en France) de l’acculturation des élèves à la littérature, au sein de deux systèmes scolaires nationaux nécessairement fort différents mais qui ont en partage l’enseignement de la langue française, comme langue première en France et comme langue seconde au Luxembourg1.
2Pour des raisons sociohistoriques, l’enseignement des langues au Luxembourg s’est largement orienté vers les pratiques et contenus scolaires en vigueur dans les pays porteurs de ces langues, aux dépens parfois du développement de didactiques propres, en phase avec la situation linguistique particulière du pays. Avant la récente volonté politique d’élaborer des outils didactiques (ressources numériques, manuels…) conçus spécialement pour l’école luxembourgeoise, de nombreux programmes de la discipline « français » étaient mis en œuvre à travers des activités et contenus proposés dans des manuels conçus selon les méthodologies français langue maternelle (FLM) ou français langue étrangère (FLE) et destinés à des élèves vivant en France. Cette particularité a nécessairement influencé les pratiques d’enseignement ainsi que les finalités associées aux apprentissages en classe de français au Luxembourg et a suscité un rapprochement entre les configurations disciplinaires du français dans les deux pays2.
3Dans la lignée des travaux menés par le groupe Helice (Histoire de l’enseignement des littératures en Europe) à l’université de Genève3, nous aimerions comparer le(s) rôle(s) que joue la littérature française au sein de ces configurations disciplinaires nationales : retrouve-t-on, au niveau des déclarations des élèves, des traces de cette expérience ? Cette question relance le débat autour de l’autonomisation de la littérature4 au sein de la discipline « français », qui anime tant la didactique du FLM, dans les liens entretenus entre langue et littérature, que la didactique du français langue seconde, voire langue étrangère, dans les liens entretenus avec les autres littératures, en particulier dans un système scolaire multilingue comme au Luxembourg.
4Le cadrage théorique de notre travail mobilise les recherches en didactique sur les disciplines scolaires, initiées par A. Chervel dans son article fondateur « L’histoire des disciplines scolaires. Réflexions sur un domaine de recherche » (1988) et poursuivies en particulier par Y. Reuter et son équipe au sein du laboratoire Theodiile à l’université de Lille-3, à travers l’élaboration notamment des notions de « conscience disciplinaire » (Reuter, 2003) et de « vécu disciplinaire » (Reuter, 2016). Revenir sur les fondements de ce champ de recherche amènera à mieux pouvoir actualiser ces questionnements à l’aune de notre corpus d’étude.
Fußnoten
1Voir au sujet de la place du français dans la société et partant l’école luxembourgeoise l’introduction au présent ouvrage.
2D’un côté, cette particularité touche également d’autres disciplines scolaires, telles que l’anglais et dans une moindre mesure l’allemand, ainsi que l’histoire. Une tendance à la spécification didactique se remarque, cela dit, également pour ces disciplines. De l’autre, des études similaires à la nôtre ont été menées pour d’autres pays francophones, notamment la Belgique, pays proche du Luxembourg, à la fois géographiquement et linguistiquement. Voir notamment Textyles, 19, « La classe des lettres. Enseigner la littérature francophone de Belgique », J.-L. Dufays (dir.), 2001.
3Voir la présentation du projet faite par Bishop (2019, p. 231-242).
3Une synthèse du débat est proposée par Daunay (2007, p. 140-141).